Le chemin de la sardine

 

 

 

 

 

 

 

Le port breton de Douarnenez (Finistère) doit sa fortune à la sardine. Un "circuit d'interprétation" permet depuis quelques mois de découvrir cette ville à travers l'histoire de la pêche et de la conserverie de ce petit poisson. Dix-sept panneaux, reliés entre eux par un balisage de clous en bronze, racontent plusieurs siècles d'aventure humaine et économique.

L'immense baie de Douarnenez, enchâssée entre la presqu'île de Crozon et le cap Sizun, voit ses eaux tièdes se mélanger à la froide mer d'Iroise. C'est ainsi qu'elle est si poissonneuse. Dès l'époque gallo-romaine, le site a été exploité par les pêcheurs. Autour de la ville, en témoignent les cuves à garum, la saumure épicée.

L'invention de la boîte de conserve, à Nantes, change le destin de la ville. La première conserverie s'installe à Douarnenez en 1853. Il y en a 40 en 1880. La population passe de moins de 2 000 à plus de 13 000 habitants. Les paysans des environs viennent travailler sur les bateaux et dans les usines. Ils s'installent dans la partie basse de la ville, à côté des belles maisons de granit édifiées par ceux qui ont déjà fait fortune. En 1900, plus de 1 000 chaloupes de pêcheurs sont tirées sur la grève avant la construction du port du Rosmeur. Sur les panneaux, de vieilles photos montrent l'atmosphère qui régnait alors. On croit entendre les cloches des conserveries qui appellent les ouvriers. On devine l'odeur lourde des "fritures" dans lesquelles sont cuites les sardines.

 

 

 

 

 

 

SANS MISÉRABILISME

Le Treboul, quartier chic et touristique de Douarnenez, s'est développé au vent des usines. De l'autre côté, le Rosmeur a gardé ses maisons de couleur, crépies avec les restes de peinture pour bateaux. Des venelles pavées courent entre les masures. C'est le nouveau quartier branché de Douarnenez. Les bars sont nombreux : certes moins qu'au temps où chaque équipage s'y retrouvait pour partager la paie. De jeunes graphistes se réunissent sous l'enseigne "Les arts dînent à l'huile".

Sans misérabilisme, l'histoire des Penn Sardines est expliquée. Ces ouvrières des conserveries avaient fait grève pendant quarante-huit jours en 1924 pour obtenir l'amélioration de leurs conditions de travail. Un combat soutenu par le Parti communiste, longtemps à la tête de la municipalité. Les HLM de la ville en ont gardé une vue imprenable sur la mer.

Une boutique à l'enseigne de ces héroïnes, dans la vieille ville, vend les meilleures boîtes de sardines : millésimées, elles peuvent coûter 15 euros. Après des années de vicissitudes, le Port-Musée vient enfin d'ouvrir ses portes avec ses bateaux à flot que l'on visite. Et sa première exposition conte l'"Histoire des conserveries de poisson finistériennes".

Christophe de Chenay